Dans la douleur l’oeuvre est née

Du texte écrit naquit la peinture.

L’histoire débute lors d’une soirée entre amis. Des discussions à bâtons rompus sur tout et sur rien puis une idée est lancée en l’air: celle d’une oeuvre à quatre mains. Elle produirait le texte. Il produirait un tableau à partir de ce texte. On s’enthousiasme autour de ce projet, on élabore des plans. Puis la soirée se termine. Avec l’évaporation des vapeurs d’alcool, l’euphorie des premiers instants retombe. L’idée tombe aux oubliettes.

Et, un jour, elle resurgit de l’obscurité. Un soir de pénombre plus exactement. Comme si l’art avait besoin de souffrance pour exister.

Ils n’ont pas la grande forme en ce moment, ni elle ni lui. Ou, plus honnêtement, surtout elle. Lui sort d’une période  difficile mais sa vie prend un tournant. Il a compris qu’il fallait vivre, exister. Et à cette heure « exister » signifiait prendre soin de lui. Il prenait soin de lui, peut-être quelque peu égoïstement parfois; mais il avait raison. Si la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres, aujourd’hui Sa liberté commençait. Après une longue période de sa vie où il s’était oublié, il pensait enfin à lui.

Elle n’avait pas suivi le même chemin que le sien. Ou, tout au moins, elle n’y avançait pas au même rythme. Mais l’amitié  les unissait, celle qui fait que celui qui est devant se retourne régulièrement pour voir si celui qui est derrière suit. Ne pas laisser l’Autre sur le bord du chemin.

Et celui qui est derrière appelle celui qui est devant de temps à  autre, lorsqu’il ne le voit plus. Vérifier que l’autre n’a pas fait une sortie de route.

Pour en revenir aux faits: donc, elle n’avait pas la grande forme en ce moment. Ce qui tombait plutôt bien car c’est dans ces moments là qu’elle arrivait à écrire. Elle reprit donc la plume et écrivit. Elle l’en informa. Mais qu’écrire? Habituellement elle écrivait pour elle-même, sans contrainte extérieure.  La prise en compte de l’autre était une contrainte qui la perturbait. En avait-elle envie? Besoin? Sa réponse était non. Et pourtant il était là à la pousser dans ses retranchements pour qu’elle aille au plus profond de ce qu’elle avait à dire. Pour l’aider à avancer, il pouvait avoir une certaine forme de violence; ces violences à attention bienveillante mais qui restent violentes par ce qu’elles bousculent.

Ca l’agaçait, elle doutait quelquefois de son envie de poursuivre dans cette voie. Mais elle continua. Elle produisit un texte qu’elle lui donna. A lui maintenant de produire à partir de ce texte. La règle fixée initialement était simple: si elle lui remettait un texte, il devait produire une oeuvre picturale sans discuter du contenu du texte; il devait l’accepter en l’état. Elle avait accouché de son texte dans une certaine douleur, produire sous ses conditions serait peut-être douloureux pour lui aussi. Douloureux mais incitateur à l’expression.

Il se mit donc à la peinture. Elle avait décidé qu’elle ne lui parlerait pas de son travail tant qu’il ne serait pas terminé; ni de la forme ni de l’état d’avancement. Il était libre. Libre mais seul face à la tâche. La seule condition qu’elle avait posé: qu’il intègre un arc-en-ciel à sa peinture.

Après un mois de travail, il lui présenta l’ouvrage.

C’était lors d’une soirée entre amis, ce genre de soirées où l’on discute à bâtons rompus, où les vapeurs d’alcool vous font lancer des idées en l’air qui vous enthousiasment et tombent parfois aux oubliettes lorsque les vapeurs d’alcool s’évaporent.
Ils discutaient de tout et de rien. Puis une idée fût lancée: celle d’une oeuvre à quatre mains. Elle continuerait à produire des textes, il continuerait à produire des tableaux à partir de ceux-ci. Et puis un jour leurs productions seraient peut-être éditées, publiées, exposées?!

L’histoire ne dira pas ici si elles le seront. Mais qu’importe. L’essentiel est de ne pas oublier l’importance de continuer à s’enthousiasmer, à se lancer des projets, à vivre, à espérer et à se donner les moyens de réaliser ses rêves, même si cela ne se fait pas sans douleur.

Post-scriptum: si un jour leurs travaux sont édités, publiés, exposés…je ne manquerai pas de vous le dire ici… en écrivant la suite de l’histoire.

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